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Tesla Roadster : derrière la voiture volante, un pari important

Pendant des décennies, petits et grands se sont pris à rêver d’une voiture volante. Cette utopie a été alimentée par bien des films et séries célèbres, comme Retour vers le Futur. Mais jusqu’à présent, aucune de ces voitures capables de s’élever dans les airs n’était encore disponible en concession. La nuit dernière, la Tesla Roadster a été officialisée, après neuf longues années de gestation. Ce modèle n’est pas seulement « un de plus » dans la gamme, c’est un véritable tournant dans l’histoire de l’automobile. Mais cela pose aussi bien des questions. Dont une : à quoi ça sert vraiment une voiture volante ?

Une voiture destinée à marquer l’histoire

Pour comprendre la raison d’être de la Tesla Roadster, il faut remonter le temps. En 2008, la première génération arrivait sur le marché, sous forme d’un petit roadster, basé sur une plateforme de Lotus Elise S2 et entièrement électrique. À cette époque, l’objectif était de prouver qu’une voiture électrique pouvait être désirable et même sportive. En Europe, ce modèle est resté assez confidentiel mais il a tout de même le bonheur de quelques personnes qui voulaient rouler d’une manière différente.

Dans l’imaginaire collectif, Elon Musk est le fondateur de Tesla. Pourtant, ce n’est pas le cas. Le milliardaire américain en devient le PDG en 2008. Quelques années auparavant, il fondait SpaceX, spécialisé dans l’aérospatial. La véritable prouesse a été d’envoyer sa propre Tesla Roadster dans l’espace. C’était une véritable première dans l’histoire et une mise en avant qui a fait le tour du monde. Créer l’inimaginable et choquer, ce sont deux maîtres-mots qui dictent les choix de Musk. La deuxième génération de Tesla Roadster était attendue au tournant.

Elle devait être la voiture la plus puissante, la plus rapide du monde… Seulement, entre l’annonce opérée en 2017 et maintenant, beaucoup de choses se sont passées. À l’origine, la Roadster était annoncée comme étant capable d’effectuer le 0 à 100 km/h en 1,9 seconde. Cette prouesse a rapidement été estompée par la commercialisation de la Model S Plaid, capable d’une performance très (et trop) proche. Le nouveau Roadster, pour rentrer dans l’histoire, devait marquer le monde pour entrer dans l’histoire. Et les équipes menées par Elon Musk n’y sont pas allées de main morte.

Une voiture vitrine pour le monde entier

La Tesla Roadster nourrit donc des ambitions énormes. Comme pour le jeu vidéo Grand Theft Auto VI dans un autre registre, la longue attente entraine des attentes colossales de la part du public. Tesla n’avait donc pas le droit à l’erreur. Il fallait que la Roadster repousse les limites de l’imaginable et bouscule celles de la physique. Pourtant, tout atteint une limite et la Model S Plaid (que nous avons essayée dernièrement) semblait en atteindre pas mal. Là, les équipes semblent avoir eu carte blanche pour repousser encore les conventions.

Pour accroître encore la force d’accélération, des propulseurs ont été installés sur la voiture. Ils permettent d’accroître encore la puissance de l’accélération de manière significative. Mais ils apportent aussi de nouvelles possibilités, comme le fait de pouvoir faire décoller brièvement la voiture. Pour le coup, cela n’a pas d’intérêt réel de prime abord mais il y a un côté spectaculaire et anti-conformiste qui crée l’effet « Wahou ». Et c’est sans doute précisément ce que cherchait Elon Musk. Jamais, jusqu’à présent, une voiture n’était capable d’une telle prouesse.

Lors de la présentation en live, on voit la puissance délirante de l’accélération d’une Tesla Roadster, capable de boucler le 0 à 100 km/h en 0,8 seconde (avec les propulseurs). Cette performance a même été mesurée lors de l’événement. La démonstration va même plus loin lorsque le Roadster commence à grimper une rampe qui l’amène jusqu’à pouvoir rouler ou stationner à l’envers. Plus surprenant encore, le Roadster parvient à retomber sur ses roues, grâce à l’utilisation de propulseurs.

On voit également l’hypercar effectuer un kickflip au-dessus de plusieurs véhicules de la marque. Jamais, dans l’histoire, une telle combinaison de prouesses n’avait existé. Précisons toutefois que ces capacités hors-normes ne concernent que la version la plus extrême, nommée Rocket, qui condamne la place du passager pour y installer d’importants réservoirs de 600 litres d’air comprimé. Naturellement, elle n’est pas homologuée sur la voie publique.

La Rocket Voltic de GTA V dans la vraie vie ?

Si vous avez déjà joué à Grand Theft Auto V, notamment à son mode Online, vous avez peut-être eu l’occasion d’acheter la Rocket Voltic. Celle-ci dérive d’un modèle de base nommé Voltic, largement inspiré de la Tesla Roadster de première génération. La version Rocket ajoute un imposant propulseur qui permet à la voiture d’effectuer des accélérations fulgurantes et des bonds spectaculaires.

Il est amusant de constater que cette voiture virtuelle, elle-même inspirée d’un modèle réel, présente finalement de nombreuses similitudes avec la seconde génération de Tesla Roadster. De là à imaginer que les ingénieurs de Tesla se sont inspirés de GTA V, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas. Mais la comparaison est assez savoureuse : ce qui relevait du jeu vidéo il y a quelques années semble désormais prendre forme dans la réalité.

Des performances qui posent des questions de sécurité

Si les prouesses réalisées par la Tesla Roadster ont de quoi impressionner, elles soulèvent aussi de nombreuses interrogations. Car pour parvenir à de tels résultats, les ingénieurs ont dû s’affranchir de certaines contraintes habituelles de l’automobile. On peut notamment s’interroger sur la durée de vie des pneus, qui encaissent des contraintes énormes. En utilisant des propulseurs à gaz comprimé, la Roadster peut générer une poussée indépendamment de ses roues. Quand on sait qu’une Bugatti Bolide qui maintient une vitesse à 400 km/h use ses pneus en une soixantaine de kilomètres, la question mérite d’être posée.

La version Rocket embarque ainsi deux imposants réservoirs, pour une capacité totale annoncée de 600 litres. Ces derniers permettent de stocker de l’air sous très haute pression, avant de le libérer brutalement pour alimenter les propulseurs. Contrairement à un moteur-fusée traditionnel, il n’y a donc pas de combustion. Mais cela ne signifie pas que le dispositif soit dépourvu de danger.

Retransmission de la présentation de la Tesla Roadster du 15 octobre 2026

Un réservoir de gaz comprimé emmagasine une quantité importante d’énergie. En cas de rupture brutale, cette énergie peut être libérée sous forme d’une onde de pression, accompagnée de projections de fragments. Et plus la pression est élevée, plus les conséquences potentielles sont importantes. La question se pose donc : que se passerait-il si la Roadster était impliquée dans un accident suffisamment violent pour endommager l’un de ses réservoirs ?

Pire, imaginons qu’un exemplaire prenne feu. Si les réservoirs utilisent des matériaux composites à base de fibre de carbone, leur résistance dépend notamment des résines qui maintiennent les fibres ensemble. Or, ces dernières peuvent perdre leurs propriétés mécaniques sous l’effet de températures élevées. Des dispositifs de sécurité existent pour limiter les risques de rupture, mais Tesla devra démontrer leur efficacité sur sa sportive.

À cela s’ajoute la présence d’une batterie haute tension sous le plancher. La cohabitation de ces deux systèmes de stockage d’énergie impose donc des précautions particulières, notamment en cas de collision ou d’incendie. Pour l’heure, les informations disponibles ne permettent pas de déterminer précisément comment Tesla a sécurisé l’ensemble.

Comparatif des trois versions

PerformanceThrustRocket
Nombre de places221
PropulseursAucun410
Gaz compriméAucunRéservoir de 200 litres2 réservoirs, 600 litres
Capacité de décollageNonNonOui
HomologationEnvisagéeÀ confirmerNon prévue
UtilisationRoute et circuitÀ confirmerTerrain privé uniquement

Le corps humain peut-il réellement supporter de telles prouesses ?

La question de la sécurité ne concerne pas uniquement les équipements de la voiture. Elle concerne aussi son conducteur. Car atteindre 100 km/h en seulement 0,8 seconde représente une accélération moyenne d’environ 3,5 g. Autrement dit, le corps du conducteur est soumis à une force apparente équivalente à plusieurs fois son poids, dirigée vers l’arrière par rapport au véhicule.

L’organisme humain peut supporter brièvement des accélérations importantes, mais tout dépend de leur durée et de leur direction. Une accélération qui plaque le conducteur contre son siège n’a pas les mêmes conséquences qu’une force verticale ou latérale. Et les choses se compliquent encore lorsqu’on ajoute des mouvements aériens. Pour l’anecdote, une accélération de 3,5 g équivaut à celle d’une fusée au décollage.

Lors des démonstrations, la Roadster a notamment effectué des rotations et des atterrissages spectaculaires. Mais qu’en serait-il avec un conducteur à bord ? Comment son corps encaisserait-il les changements brutaux de direction, les rotations ou encore le choc à l’atterrissage ? Autant de paramètres que Tesla devra étudier et valider car pour le moment, ce sont de simples mannequins qui sont installés à bord.

La maîtrise de la voiture constitue une autre inconnue. Sur une automobile traditionnelle, les roues permettent de contrôler la trajectoire. Mais une fois dans les airs, elles deviennent pratiquement inutiles pour modifier directement la direction du véhicule. Ce sont alors les propulseurs et les systèmes électroniques qui doivent prendre le relais. Faudrait-il un permis spécifique ?

Cela suppose une gestion extrêmement précise des poussées, mais aussi des dispositifs de sécurité capables de réagir à une éventuelle défaillance. Que se passerait-il si un propulseur cessait de fonctionner au mauvais moment ? Ou si le conducteur activait accidentellement le système ? Toutes ces problématiques s’ajoutent à des contraintes liées à l’homologation.

Une homologation sur route ouverte paraît bien compliquée

Même si Tesla parvient à commercialiser sa Roadster, une question essentielle demeure : où pourra-t-on réellement l’utiliser ? Car une voiture capable de décoller ne peut pas nécessairement circuler librement sur la voie publique, et encore moins s’envoler au milieu de la circulation.

En Europe, les constructeurs doivent respecter de nombreuses exigences pour obtenir une homologation. Elles concernent notamment la protection des occupants, le freinage, la direction ou encore la sécurité des piétons. Avec ses propulseurs et ses réservoirs sous très haute pression, la Roadster ajoute des problématiques inédites.

La version Performance, dépourvue de propulseurs, pourrait théoriquement suivre une procédure d’homologation plus conventionnelle. En revanche, les versions Thrust et Rocket posent davantage de questions. Comment garantir qu’un propulseur ne puisse pas être activé accidentellement ? Comment protéger les autres usagers du souffle produit par les tuyères ? Et surtout, comment autoriser une voiture à quitter volontairement le sol sur une route ouverte ?

Une voiture qui décolle peut aussi retomber sur un autre véhicule, heurter un obstacle ou mettre en danger des piétons. En ajoutant une troisième dimension aux déplacements, Tesla introduit donc de nouveaux scénarios d’accident, difficiles à anticiper dans la circulation quotidienne. La marque américaine a toujours mis l’accent sur la sécurité. Nous en saurons plus prochainement.

Se pose également la question des assurances. Un contrat automobile classique couvrirait-il un accident survenu pendant l’utilisation des propulseurs ? Et qu’en serait-il d’un accident provoqué lors d’un saut ? Les assureurs devront nécessairement tenir compte de ces particularités, à supposer que les versions concernées puissent être autorisées à circuler. Pour le moment, la Tesla Roadster n’est pas encore homologuée sur route ouverte. D’ailleurs, la version Rocket est destinée à un usage sur terrain privé uniquement.

Finalement, à quoi sert vraiment la Tesla Roadster ?

C’est finalement toute la contradiction de cette nouvelle Tesla Roadster. Sur le papier, elle repousse les limites de ce qu’une automobile peut accomplir. Mais dans la réalité, ses capacités les plus spectaculaires semblent difficilement exploitables au quotidien. Personne n’a réellement besoin d’atteindre 100 km/h en moins d’une seconde, de rouler à l’envers ou d’effectuer un saut au-dessus de plusieurs voitures.

Mais ce n’est probablement pas ce que recherche Tesla. Depuis ses débuts, la marque a régulièrement utilisé les performances pour faire évoluer l’image de la voiture électrique. La première Roadster devait prouver qu’un véhicule électrique pouvait être sportif. La seconde semble vouloir démontrer qu’il peut aller bien au-delà des limites habituelles de l’automobile.

Cette nouvelle génération est donc avant tout une voiture vitrine. Elle permet à Tesla de faire parler d’elle, de valoriser son savoir-faire technologique et de renforcer les liens entre l’automobile et l’aérospatial. Le tout à une époque où Elon Musk accorde une importance croissante à la conduite autonome, à l’intelligence artificielle et à la robotique.

Il y a d’ailleurs quelque chose de paradoxal à voir Tesla développer une voiture aussi extrême alors que son patron imagine un avenir dans lequel les automobilistes n’auront plus besoin de conduire. La Roadster pourrait ainsi devenir l’une des dernières expressions de la voiture plaisir selon Tesla, une machine conçue davantage pour les sensations que pour répondre à un véritable besoin de mobilité.

Reste maintenant à savoir si cette démonstration technologique pourra devenir un produit commercialisable, fiable et conforme aux différentes réglementations. Car entre une prouesse réalisée dans des conditions parfaitement maîtrisées et une automobile confiée à des clients, il reste un monde.

Le mot de la fin

La Tesla Roadster a peut-être déjà réussi son pari : faire rêver et faire parler d’elle. Mais pour entrer véritablement dans l’histoire, il lui reste encore à prouver qu’elle peut passer du spectacle à la réalité. Les précommandes sont ouvertes avec un premier paiement de 5 000 €, complété par un second de 45 000 € (Performance) ou 245 000 € (Thrust) à verser sous 10 jours. Le prix de vente final sera communiqué ultérieurement. La commercialisation est prévue à l’horizon 2028.

Source
Tesla.com

Thomas Drouart

Depuis 2006, je suis le rédacteur en chef du média automobile indépendant PDLV. Avec mon équipe, nous couvrons l'actualité auto, des guides pratiques, des essais et des présentations de nouveaux modèles. Bien sûr, nous parlons aussi (et surtout) de voitures passion et des belles histoires qui en découlent. Mes spécialités ? Les voitures miniatures, les essais de petites sportives et tout ce qui touche à la réglementation automobile et aux aspects pratiques.

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